Constat sur la profession d’un étudiant de troisième année en design de l’environnement
Prélude de Kollectif
Une des raisons de base de la fondation de Kollectif il y a 20 ans était de favoriser cette rencontre entre le milieu académique et professionnel, mais la perspective amenée en 2026 par Lucas Saraguro démontre que les occasions d’interaction doivent être élargies, que ce soit au sein même du cursus scolaire ou organisées par la relève et la profession. Certains événements existent comme les expositions de finissants et soirées de la relève (voir exemples), mais au lieu d’être des initiatives sporadiques et inégalement distribuées à travers le territoire (autant pour les étudiants que pour les professionnels), le maillage devrait être un réflexe naturel et surtout, constant.
Éditorial de Lucas Saraguro
« Bientôt un bac en design de l’environnement dans la poche. La concrétisation de jours (et de nuits) à plier du carton, à penser à l’emplacement idéal du garde-robe de la chambre de l’appartement 26 et à « tout simplement » imaginer un monde meilleur.
En entrant dans ce programme, nous, étudiants, voyons s’ouvrir un horizon infini de possibilités et de rêveries. Tous remplis d’idées, et avec cette envie de transformer nos façons d’habiter le monde, nous nous lançons, un peu sur un coup de tête (ou pas), dans ces études où l’on apprend à regarder autrement. On nous donne les outils pour voir le monde sous un angle différent et, surtout, on nous amène à nous questionner, nous requestionner et nous re-requestionner. La tête remplie de travaux, on se retrouve à laisser l’après en suspens, faute d’y avoir réellement accès. Maintenant, trois ans plus tard, nous voilà au seuil d’un monde professionnel qui nous semble encore une réalité si lointaine. Face à cette distance, une réelle envie de partage émerge chez les étudiants, portée par un désir de rencontres avec le milieu professionnel.
C'est en avançant dans le cursus scolaire que de nombreux élèves ressentent une fracture entre l'école et le terrain. Quelle est la réalité d'un architecte? Comment une firme s'organise-t-elle? Quelles sont les différentes possibilités de pratique?
Toutes ces questions s’installent dans un coin de nos têtes et ne semblent jamais être réellement répondues. On a le sentiment de vivre dans une bulle, où nous sommes persuadés d’avancer, de connaître et de savoir, mais on finit par être perdus. Perdus dans cette bulle qui finira par éclater. Alors, à ce moment, nous aurions bien aimé savoir ce qui se trouvait hors de cette bulle avant la fissure. On se fait souvent dire au travers de nos projets scolaires « profitez, dans le vrai monde, ça ne sera pas comme cela. » Mais ça sera comment alors? Peut-être que les réponses se trouvent au travers d’une connexion plus étroite entre le monde académique et professionnel (qui est en réalité un seul et même monde). Alors, construisons des ponts.
Ces ponts prendraient la forme de portes qui nous laisseraient entrevoir l’après. De nombreuses possibilités et réalités s’y dévoileraient, et l’on se sentirait réellement prêt à affronter l’avenir. Différentes rencontres avec le monde du travail pourraient avoir lieu tout au long du cheminement afin de préparer l’entre-deux, mais aussi éclairer les étudiants face aux différentes réalités du métier et aux différentes possibilités. Cela permettrait une prise de conscience précoce pour ceux qui se rendent compte que ce n’est pas fait pour eux (et c’est correct), mais aussi l’inverse. De plus, en étant rapidement mis en contact avec des acteurs du milieu et des firmes, tous pourraient trouver leurs voies et garder leur singularité et non pas tomber dans un moule que l’on s’est soi-même fabriqué. Nous savons que le monde du design est vaste, riche en opportunités, mais aussi complexe. Parce que nous partageons un même langage, il devient possible de créer ces fameux ponts et d’avancer ensemble. Alors, nous pourrions voir que de multiples voies et spécialisations s’offrent à nous, nouvelles générations, qui seraient capables de rejoindre chacun et chacune. L’enjeu réside dans la mise en place de ces connexions, ce qui permettrait de rendre les différents chemins plus concrets et accessibles.
Au terme de cette réflexion, le design nous entoure et fait partie de nos vies à tous. Il a le pouvoir de jouer sur les ressentis humains et sur le bien-être collectif. Alors, pourquoi ne pas favoriser les dialogues entre générations futures et actuelles afin de partager des expériences, des savoirs et des réalités ? La question devient alors : comment, concrètement, bâtir des ponts durables pour permettre un partage entre nous et vous, entre étudiants et professionnels, entre humains? »
Biographie
Lucas Saraguro, 23 ans, est étudiant en troisième année du baccalauréat en design de l’environnement à l’UQAM. Issu d’un parcours en sciences humaines au Cégep du Vieux Montréal, il s’est tourné vers le design par intérêt pour la créativité et le contact humain. Au fil de ses études, il a développé un attrait marqué pour l’aspect médiatique et journalistique du design, qu’il envisage comme un espace de réflexion, de prise de parole et d’échange d’idées. Sensible aux enjeux actuels de la pratique, il s’inscrit dans une démarche d’apprentissage et d’évolution continue, explorant des approches parfois plus sensibles et abstraites pour penser le design autrement.
Complément
Afin d’alimenter encore plus la réflexion sur le propos soulevé par Lucas, nous vous invitons à (ré)écouter l’épisode « Les futurs architectes sont-ils bien formés » de notre balado « Autre perspective » où nous posions la question si les futurs architectes devraient être formés pour réfléchir et créer ou être davantage professionnalisés pour la réalité quotidienne des bureaux d’architecture ? Nos invités étaient Anne Cormier, architecte associée à l’Atelier Big City et ex-directrice de l’École d’architecture de l’UdeM, Krystel Flamand, architecte-patronne chez Prisme Architecture et Julien Landry, architecte chez Jodoin Lamarre Pratte et représentant des stagiaires au CA de l’OAQ (2018-2020).
