Marc-André Carignan

 
 

Vous souvenez-vous de ces propositions pour le Silo nº 5?

Ahhh… L’histoire sans fin du Silo nº 5.

Le chroniqueur François Cardinal nous rappelait mercredi dernier dans La Presse à quel point l’avenir est plus nébuleux que jamais pour cet imposant témoin de l’histoire industrielle de Montréal.

Des architectes, comme Pierre Thibault, ainsi que d’autres ambitieux promoteurs, ont beau approcher les propriétaires de ces vieux silos de béton, la Société immobilière du Canada (SIC), il n’y a visiblement aucun intérêt de leur part. La SIC ne serait pas « en position de les analyser ni de les recevoir ». On préfère plutôt se concentrer sur un autre plan directeur pour le Vieux-Port.

Dois-je rappeler qu’il y a à peine quelques années, le réputé architecte paysagiste Claude Cormier avait élaboré une vision d’ensemble en marge de la conception de la Plage de l’horloge? Son plan dort toujours sur une tablette…

Mais bon, pour en revenir au Silo nº 5, je perçois ici un gros manque de volonté [pour ne pas dire de bonne foi] de la part de la SIC dans ce dossier. Comme dirait Denis Coderre, peut-on marcher et mâcher de la gomme en même temps? Et surtout, peut-on réellement se permettre de cracher ainsi sur de telles opportunités après des années d’abandon et de plans de conversion infructueux?

On devrait déjà avoir franchi depuis longtemps l’étape des consultations. N’oublions pas que des plans d’affaires, des réflexions et des efforts créatifs pour convertir le Silo nº 5, ce n’est pas ce qui a manqué ces 15 dernières années. On ne compte plus les architectes et les étudiants [d’ici et d’ailleurs sur la planète] qui se sont penchés sur la question.

En voici quelques exemples :

 

En 2000, Docomomo Québec [association sans but lucratif vouée à la sauvegarde de notre patrimoine moderne] avait organisé une charrette d’architecture de deux jours avec plusieurs architectes québécois influents. Dan Hanganu [TNM, HEC] avait proposé l’aménagement d’une forêt au sommet de la partie ouest, d’une place publique pour la section inférieure et d’un observatoire sur le dessus.

 

Exposition résultant de la charrette d'architecture sur le Silo no.5 / Source: AQPI

Exposition résultant de la charrette d’architecture sur le Silo nº 5 / Source : AQPI

 

Des membres de Lapointe Magne & Associés [ITHQ, École nationale de Cirque] avaient plutôt suggéré de remplir d’eau la plus grande partie du silo afin de créer un immense « aquarium », surmonté d’une piscine sur un toit vitré.

 

Un immense «aquarium» pour le Silo no.5 / Source: Docomomo Québec

Un immense « aquarium » pour le Silo nº 5 / Source : Docomomo Québec

 

En 2002, un promoteur avait fait appel aux architectes de Menkes Shooner Dagenais LeTourneux pour plancher sur une vocation résidentielle. Leur projet proposait un nouveau basilaire qui permettrait l’ajout d’une tour de 50 étages, intégrant les convoyeurs aériens industriels et un jardin suspendu autour de la tour d’habitation.

 

Source: MSDL

Source : MSDL

 

De leur côté, le groupe Cardinal Hardy et l’entreprise immobilière Gueymard et Associés ont imaginé un musée d’art moderne dans ces vieux silos. L’idée était d’offrir à Montréal un autre joyau culturel majeur, tout en mettant en valeur l’image industrielle projetée par ce bâtiment [à l’image du New Tate de Londres].

 

Source: Lemay + CHA

Source : Lemay + CHA

Source: Lemay + CHA

Source : Lemay + CHA

Source: Lemay + CHA

Source : Lemay + CHA

Source: Lemay + CHA

Source : Lemay + CHA

 

En 2007, un promoteur avait fait appel à la réputée firme européenne JDS pour redéfinir l’avenir des silos. Leur proposition : développer une série d’appartements en location [900 au total] à prix abordable afin d’assurer une mixité sociale dans le Vieux-Montréal.

 

Source: JDSA.eu

Source : JDSA.eu

Source: JDSA.eu

Source : JDSA.eu

Source: JDSA.eu

Source : JDSA.eu

 

En 2011, des étudiants de l’ÉTS et de McGill ont proposé de faire référence au passé industriel des silos à grains en misant sur l’agriculture urbaine, la gastronomie et le développement durable. Un musée, un marché public, des restaurants et des zones de production alimentaire se retrouvaient au cœur de leur projet Savourez Montréal.

 

Source: design-lin.com

Source : design-lin.com

Source: design-lin.com

Source : design-lin.com

Source: design-lin.com

Source : design-lin.com

 

Bref, les vocations envisageables pour le Silo nº 5, du résidentiel jusqu’au culturel, ont déjà été évaluées.

Mais bon, pourquoi agir maintenant et analyser les propositions d’architectes comme Pierre Thibault quand on peut pelleter le « problème » une fois de plus par en avant? Après tout, pendant qu’on réfléchit et que l’on consulte la population, on donne l’impression d’agir, non?

 

 

|| Mise à Jour ||

Suite à la publication de mon article, d’autres projets étudiants très intéressants me sont parvenus par courriel :

 

Pointe-du-Moulin, Futurs possibles

En 2012, des étudiants finissants de l’École d’architecture de paysage de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal ont conçu 8 visions d’aménagement pour la requalification de la Pointe-du-Moulin et du Havre de Montréal :

http://unesco-paysage.umontreal.ca/fr/recherches-et-projets/la-pointe-du-moulin-futurs-possible-2012

Proposition 8: Fruits & Loop / Michael Bergeron-Gobeil, Patricia Boucher, Laïa Haloui, Isac Bénéwendé Nabole, Félix Parent-Sirard

Proposition 8 : Fruits & Loop / Michael Bergeron-Gobeil, Patricia Boucher, Laïa Haloui, Isac Bénéwendé Nabole, Félix Parent-Sirard

 

Imaginons la Pointe-du-Moulin

Pour son projet de maîtrise en design urbain, Nancy Dubeau a travaillé sur la revitalisation de l’ensemble du secteur intégrant le Silo nº 5 et l’usine Farine Five Roses. Sa proposition : une densification du secteur et du parc industriel :

http://bit.ly/1NSbbFr

Imaginons la Pointe-du-Moulin / Source: Nancy Dubeau

Imaginons la Pointe-du-Moulin / Source : Nancy Dubeau

 

 

|| Pour lire la seconde partie de cet article ||

http://kollectif.net/vous-souvenez-vous-de-ces-propositions-pour-le-silo-no-5-la-suite/

Marc-André Carignan, b.arch.,
Chroniqueur en architecture et design urbain
Kollectif (section D'ici et d'ailleurs)

En savoir plus sur Marc-André

Crédit photo: Marose Photo

Commentaires

Emmanuel Galland

Merci pour votre travail. Excellents rappels M-a Carignan et Martin Houle avec Kollectif !
Rappeler l’histoire – y compris l’histoire récente – et faire des liens, c’est toujours bon.

Parmi tous ces projets que vous avez cité, n’oublions pas ceux des artistes.

Incontournable : « Silophone », une proposition innovatrice de la commissaire Virginie Pringuet avec l’organisme Quartier éphémère (désormais Fonderie Darling) et les artistes [The Users] – Thomas McIntosh et Emmanuel Madan.
Un projet sonore amplificateur ambitieux mais subtil et surtout réussi : interactif, participatif et technologique à un moment où ça ne courait pas les rues.
http://www.silophone.net
http://publicartmuseum.net/wiki/Silophone_(The_User)
http://www.undefine.ca/fr/projects/silophone
http://fonderiedarling.org/silophone.html
http://fonderiedarling.org/silo-n°5.html

Mais aussi de multiples interventions / programmations autour du son et de la vidéo avec le Silo no.5.
Entremêlant architectures et arts visuels / vidéographiques, l’équipe de Atelier In Situ a participé avec les premières projections sur silo en 1997 : tout un défi, relevé !
http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2013/07/23/006-silo-numero-cinq.shtml

Pour approfondir et élargir un peu le sujet, lire le beau texte qui englobe la question des silos et du quartier dans son ensemble (alors qu’on l’appelait « la cité du multimédia »…) :
http://www.erudit.org/culture/continuite1050475/continuite1054861/15564ac.pdf

Pierre Richer

La société d’affaires n’a jamais arrêté de vouloir innover. La peur de l’engagement et de la modernisation de certains dirigeants font mal paraître l’ensemble de la communauté d’affaire métropolitaine.
C’est pourquoi des gens comme Guy Laliberté
On développé ailleurs, leur talent international.
Très bon article !

Rachel Laurendeau

JDS Dénature malheureusement la beauté architectural des cyclindres monumentales tant appréciés par Mies Van der Rohe. Ces murs aveugles sont fondamentales afin d’en comprendre l’ancienne fonction de cette gigantesque structure qui reste inscrit au patrimoine.

Quand aux visions proposées, j’affectionne particulièrement l’idée d’un lieu productif en milieu urbain. Pourquoi ne pas emmenager des lieux résidentiels comprenant de l’agriculture urbaine et ainsi valoriser l’autosuffisance alimentaire et la démocratisation de l’agriculture. L’agriculture rejoint à la fois l’identité agricole de notre communauté puisque ce lieu entreposait les grains produit notamment au pays. Je ne crois toutefois pas que ces vocations soit incompatibles avec un musée d’art, donc j’ai bien hâte de me faire surprendre par de nouvelles propositions 🙂

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