ÉDITORIALISTE INVITÉ – Étienne Bourque-Viens – "Sauver la Place des Nations: un symbole moderne"

La chaine Historia organise pour la 3e année le concours «Sauvez un bâtiment de chez vous». Je suis de ceux qui partagent un amour profond pour le patrimoine architectural moderne montréalais. J’ai donc choisi de soumettre un bâtiment au concours. Il s’agit de la Place des Nations, que peu de gens connaissent peut-être, mais qui est pourtant associée à un événement marquant (et heureux) de la Ville de Montréal.

Promontoir à la Place des Nations

Le béton : une matière typiquement Montréalaise. Ici le symbole de Terre des Hommes coulé dans le béton

Gradins autour d’une place centrale

Passerelle périphérique

Jonction de passerelle avec poutres de bois lamellées-collées

Expression riche du béton

Le petit ensemble de bâtiments, conçu par André Blouin en 1966 se situe à l’extrémité sud de l’Île Sainte-Hélène au Parc Jean-Drapeau. Un ensemble de gradins et de passerelles forment un amphithéâtre extérieur, organisé autour d’une place centrale. C’est d’abord le lieu d’inauguration d’Expo 67 et ensuite le lieu de performances extérieures durant l’évènement.

Cette place mérite d’être sauvée pour de nombreuses raisons. D’abord, c’est un des rares vestiges qu’il nous reste d’Expo 67. Rappelons-le, cet événement d’envergure internationale a eu un retentissement majeur pour le Québec et en particulier pour sa métropole. Le grand succès de l’événement marque un tournant dans l’histoire de la Ville de Montréal car elle se fait ainsi reconnaître comme une ville de grande importance dans le monde. Ce succès a certainement joué d’ailleurs un rôle dans l’obtention des Jeux Olympiques de 1976. Ensuite, le lieu lui-même souligne ce moment névralgique où Montréal a ouvert ses bras au monde entier, contribuant selon moi à long terme à l’identité montréalaise telle qu’elle est aujourd’hui, c’est-à-dire : une ville caractérisée par sa diversité culturelle, ouverte à toutes les cultures et sur le monde. Le site se situe à un endroit magnifique profitant d’une proximité avec le fleuve et d’une vue imprenable sur Montréal. On pourrait en rajouter mais terminons en soulignant que le site a récemment été identifié par Héritage Montréal comme étant un «site emblématique menacé».

L’ensemble est remarquable du point de vue architectural. D’abord, la présence massive du béton est un bel exemple d’expression moderne des années soixante à Montréal. Bien que cette image soit souvent malmenée, l’utilisation du béton apparent caractérise néanmoins de nombreux édifices iconiques de la ville (les silos, Habitat 67, Place Bonaventure, le Stade Olympique, de nombreuses stations de métro, etc.) et contribue à l’idée d’une architecture proprement montréalaise qui s’affirme et s’inscrit dans le temps.

La succession de gradins de différentes hauteurs et la passerelle périphérique montée sur poutres de bois lamellées-collées forment une composition dynamique et asymétrique de l’espace. Ces immenses poutres de bois donnent d’ailleurs un effet de suspension impressionnant selon certains points de vue. Elles offrent également des vues prenantes sur : la ville, Habitat 67, le casino (ancien pavillon français) et l’édifice voisin (ancien pavillon du Québec).

La Place est présentement délaissée et n’est plus accessible au public depuis 2010 car on y a installé une clôture tout autour. L’espace sert vraisemblablement de lieu d’entreposage occasionnel d’équipement pour le parc Jean-Drapeau. On en oublie presque que l’endroit a déjà été très animé. La ville aurait déjà manifesté de l’intérêt à revaloriser le site mais rien de précis n’a été révélé selon Dinu Bumbaru d’Héritage Montréal (détails). Encore selon Héritage Montréal, l’état de délaissement de cet ensemble compromet présentement son intégrité physique et patrimoniale (détails).

J’ignore si la bourse de 25 000$ destinée au propriétaire du bâtiment gagnant aurait vraiment un impact significatif dans le cas présent. Cela me parait limité. Cela étant dit, en soumettant le projet je désire poser un geste symbolique dans le but de sauver ce lieu emblématique. Il me semble que dans le contexte de morosité politique et municipale actuel, il serait intéressant de remettre en valeur ce genre d’icône, de manière à se rappeler collectivement que Montréal est capable de grandes réussites.

Etienne Bourque-Viens

© 2013. Toute reproduction des photos est interdite sans l’approbation au préalable de Etienne Bourque-Viens

BIO
Etienne exerce le métier de designer graphique depuis plus d’une dizaine d’années à son compte avec l’entreprise Net Net et poursuit actuellement des études en architecture à l’Université de Montréal. »

(*) Les propos mentionnés dans la section « éditoriale » de Kollectif n’engagent que son auteur.
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