ÉDITORIAL – Martin Houle (Kollectif) – "Suivi de la table-ronde sur l'avenir du Parc olympique: quoi faire maintenant?"

Au mois de juin dernier, l’Ordre des architectes du Québec (OAQ) m’a invité pour faire une présentation sur l’avenir du Parc olympique dans le cadre du Forum des architectes (le résumé de la présentation se trouve ici) et j’en ai alors profité pour trouver 60 nouveaux « parents » à mes petites maquettes du stade olympique. Pour ceux et celles qui se reconnaissent, j’espère que vous en prenez soin!

Quelques mois plus tard, j’ai reçu une deuxième invitation de la part de l’OAQ afin de participer à une table-ronde le 8 décembre dernier en compagnie de Madame Marie-Claude Lortie, journaliste à La Presse, Monsieur Sylvain Lefebvre, Professeur au département de géographie de l’UQAM et Directeur du Groupe de recherche sur les espaces festifs (GREF) et enfin Monsieur André Bourassa, Président de l’OAQ.

Comment cela s’est-il passé? Trop vite, le temps a simplement filé trop rapidement… Juchée dans le mât du stade olympique, la table-ronde commençait à prendre une tournure passionnante lorsque nous avons tous été témoin du superbe couché de soleil indiquant malheureusement la fin du temps alloué. Notre retour sur terre fut légèrement retardé afin d’attendre les derniers employés de la Tour de Montréal qui finissaient leur quart de travail à la clôture de la table-ronde. Une fois arrivé à la base du mât, c’est à ce moment que quelqu’un me fit remarquer comment il était dommage de ne pas pouvoir profiter de la merveilleuse vue offerte du haut du mât au crépuscule. Cela a donc piqué ma curiosité et voici les heures officielles indiquées sur le site de la RIO pour accéder à la Tour de Montréal:

  • De la mi-juin à la Fête du Travail (début septembre) : de 9 h à 19 h
  • De la Fête du Travail (début septembre) à la mi-juin : de 9 h à 17 h

C’est complètement ridicule mais malheureusement compréhensible… Qui voudrait s’aventurer pour une promenade nocturne sur un site si peu illuminé et balisé pour atteindre la base du mât… Mais cela est symptomatique du Parc olympique depuis des années: il n’est pas accueillant. Personne n’a le goût d’y rester et encore moins de s’y reposer, hiver comme été, de jour comme de soir. J’espère ne pas étonner personne avec cela! Au fait, c’est quand la dernière fois que vous êtes allé voir le « gardien de l’est »?

Mais bon, revenons à la table-ronde. Pour ma part, je crois que l’intérêt suscité de nos jours par les installations olympiques est une question générationnelle. Je suis né en décembre 1976. Dès ma naissance, les olympiques n’étaient donc qu’un souvenir que j’allais pouvoir consulter sur YouTube plusieurs années plus tard. La génération de mes parents a pu vivre l’expérience olympique dans toute sa gloire mais également dans toute sa morosité. 35 ans plus tard, c’est au tour de ma génération d’être de mûrs payeurs d’impôts ce qui implique une question toute simple: où va mon argent? Le stade étant maintenant payé (merci Papa, Maman et tous les fumeurs québécois), de quoi avons-nous hérité au juste? D’un cadeau empoisonné ou au contraire, d’une merveilleuse opportunité?

J’opte personnellement pour celle de la merveilleuse opportunité. Sylvain Lefebvre mentionnait : « Certaines villes à travers le monde seraient jalouses de nos installations olympiques. Maintenant qu’il est payé, nous voudrions mettre « la pelle » dedans? C’est un non-sens ». Et je suis tout à fait d’accord avec lui: tant qu’à hériter de quelque chose, j’aime mieux hériter d’un stade imparfait caractérisé par des formes élégantes que d’un terrain vague empreint d’une honte collective…

Au risque de généraliser, avez-vous remarqué l’acharnement avec lequel certains membres de la génération des babys-boomers veulent ABSOLUMENT régler la question de la toiture le plus rapidement possible?

– B-B1: « Nous devons avoir un toit rétractable!! »
– B-B2: « Non, non, non, nous devons avoir un toit fixe!! »
– B-B1: « Vous êtes dans le champ, ma solution est beaucoup plus flexible »
– B-B2: « C’est vous qui êtes dans le champ, ma solution est la moins coûteuse »
– B-B3: « Et moi je propose une toile!! »
– B-B1 et B-B2: « Ah non, pas encore vous!! »

Comme si la question de la toiture était une histoire à terminer pour leur tranquilité d’esprit. Et si je vous disais qu’avant de déterminer quel type de toiture ou même si nous voulons en avoir une, pourquoi ne pas se demander: « Quelle(s) fonction(s) voulons-nous donner au stade en fonction d’une nouvelle vocation du Parc olympique? ». Pourquoi s’acharner sur un traitement spécifique qui pourrait s’avérer futile alors que l’on commence tout juste le diagnostic sur le patient en entier? Au fait, le toit actuel fonctionne, c’est-à-dire qu’il permet au stade d’accueillir des activités publiques: ne perdons pas de temps, d’énergie et d’argent à débattre d’une nouvelle toiture alors que des problèmes plus importants existent.

Par exemple:

  • Il y a un problème évident sur l’avenue Pierre-de-Courbertin: l’échelle de celle-ci est proportionnelle à celle du stade et non à celle de son quartier. L’année passée, l’arrondissement a installé des arrêts à tous les deux coins de rue car l’avenue était rendu une véritable piste de course;
  • La portion ouest du site du Parc olympique, avec son esplanade de béton surélevée et ses rampes d’accès ont pour résultat de créer une barrière avec le quartier, d’isoler le site un peu comme au Square Viger. Cependant, un exemple de réussite est l’aménagement de la Place des festivals avec l’élimination de la butte de l’ancien stationnement et l’animation de la façade aveugle du Musée d’art contemporain avec des installations à l’échelle du passant, notamment les modules de restaurants.
  • Les surfaces bétonnées et asphaltées composent une grande partie du Parc olympique et en font probablement un des plus gros îlots de chaleur de la région: l’été, la chaleur rend le site pénible et l’hiver, le manque d’obstacles au vent le rend tout simplement désagréable;
  • Il y a un manque crucial d’installations élémentaires afin de rendre le site accueillant, qu’elles soient alimentaires ou sanitaires.

Alors pour revenir à la question initiale: quoi faire maintenant? Dans la foule qui a assisté à la table-ronde, il y avait notamment le maire de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et membre du comité-conseil mené par Madame Lise Bissonnette, Monsieur Réal Ménard, Monsieur Dinu Bimbaru d’Héritage Montréal avait pris la peine de se déplacer, Madame Marie-Josée Lacroix du Bureau du design de la Ville de Montréal était présente ainsi qu’un membre de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal, des professeurs, des jeunes, etc. Il y avait donc des acteurs importants qui peuvent répondre en partie à cette question mais j’aurais tout de même aimé entendre la vision de Monsieur David Heurtel, le nouveau PDG de la Régie des installations olympiques sur l’avenir de son site… La RIO a déjà commencé a prendre des initiatives avec l’annonce de la nouvelle Esplanade Financière Sun Life (voir lien) avant même que le rapport de Madame Bissonnette ne soit rendu public, ce qui est louable en soi mais aussi un peu surprenant…

En conclusion, l’année 2026 sera le 50e anniversaire des Jeux olympiques de Montréal ainsi que le 20e anniversaire de la désignation Montréal Ville UNESCO de design. Ce sont donc les gestes, petits et gros, que nous poserons collectivement lors des 14 prochaines années sur le site du Parc olympique qui déterminerons ce que nous aurons à y célébrer: un fiasco historique ou une ré-incarnation réussie.

Martin Houle, architecte
Directeur-fondateur, Kollectif.net

Pour lire l’article de Marie-Claude Lortie…

Pour consulter le magazine Esquisses de l’OAQ sur l’avenir du Parc olympique de Montréal…

Pour visiter le site internet du comité-conseil sur l’avenir du Parc olympique de Montréal…

(*) Vous désirez vous aussi publier un éditorial sur Kollectif? Voici les modalités!

Marc-André Carignan, b.arch.,
Chroniqueur en architecture et design urbain
Kollectif (section D'ici et d'ailleurs)

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Crédit photo: Marose Photo
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