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ÉDITORIAL – Martin Houle (Kollectif) – "L'avenir du Parc olympique, une affaire de réconciliation"

Bonjour,

Suite à une invitation de la part de l’Ordre des architectes du Québec à faire une présentation dans le cadre du cocktail de bienvenue du Forum des architectes le 16 juin dernier au Centre des sciences de Montréal, j’ai le plaisir de vous annoncer les points suivants:

1) La présentation et l’exposition de maquettes des « mini-stades » s’est très bien déroulée!

2) Plus de 60 architectes se sont prévalus la responsabilité d’adopter un mini-stade

Et si vous vous demandez ce qu’une photo de ma filleule Jeanne fait dans cet éditorial, vous aurez la réponse à la lecture du texte de présentation!

Je vous rappelle que le future du stade olympique est une affaire (et une décision) de société et je crois que les architectes du Québec doivent débattre de la question. L’important pour le moment n’est pas de trouver LA solution pour son avenir: l’important, c’est de commencer par en parler et arrêter de faire semblant que le problème se règlera de lui-même!

Merci et à bientôt,

Martin

Martin Houle, architecte OAQ
Directeur-fondateur de Kollectif.net

« Madame Fotopoulos, Monsieur Bourassa, chers collègues,

Je vous avertis immédiatement, la présentation et l’exposition de ce soir n’ont pas pour objectif de passer en revue l’historique du parc olympique. Au fait, le but de mon intervention est relativement simple : susciter un intérêt de votre part sur l’avenir du parc olympique et plus particulièrement, sur celui du stade.

C’est donc une réflexion en amont que nous devons avoir avant même de pouvoir commencer à penser à le reconvertir, à le démolir ou à le laisser tel quel. La question qui tue comme on dit, est la suivante : « Voulons-nous le conserver? ». Après avoir répondu à cette question toute simple mais lourde de conséquences peut-être que nous pourrons commencer à parler de solutions et de propositions.

Tel une relation amour-haine, je suis personnellement divisé sur plusieurs aspects du stade et chaque côté lutte pour que je me fasse une opinion finale.

Premièrement, j’ai un côté nostalgique. Celui d’un jeune de 10 ans qui quitte momentanément la banlieue en compagnie de son père pour s’aventurer dans la jungle urbaine du métro de Montréal pour aller voir les Expos, nos Z’Amours : l’accueil au stade est assourdissant! Premièrement, il y a le fameux bruit de fond des systèmes de ventilation accompagné des cris des vendeurs de produits Labatt. Il y a l’odeur des hot-dogs (ou « roteux » comme mon père aime bien les appeler) qui parfume l’air et le son enthousiaste du claquement des fameux bancs jaunes pour encourager les Tim Raines, Gary Carter (récemment diagnostiqué avec une tumeur au cerveau), Andre Dawson, Pedro Martinez, Andres Galarraga et sans oublier les acrobaties de Youppi sur le terrain (qui a maintenant troqué son VTT pour une paire de patins)

Mon côté contribuable quant à lui est inquiet. Le stade est finalement payé alors on en fait quoi maintenant? Y loger une autre équipe sportive? À moins que Montréal ne se découvre une nouvelle passion pour le cricket, il n’y aura ni équipe de baseball, de football ou de soccer qui va s’y installer. Ahhh mais c’est vrai, le stade accueille des shows de « Monster Truck », une finale de Coupe Grey de temps en temps et quelques salons, notamment le Salon des animaux compagnies. Combien coûte-t-il par année à entretenir? Combien va coûter le nouveau toit? Pour que le stade devienne quoi au juste? Un stade vide avec un nouveau toit? Combien, combien, combien….

Alors la question des coûts fait aussi appel à mon côté architecte

À tous les jours, nous devons jongler avec la question des coûts afin d’offrir à notre client un design de qualité jumelé à une performance de bâtiment optimale pour le coût le plus bas possible. Dans l’état actuel du stade, c’est un peu le cauchemar de toute analyse du cycle de vie: un projet qui n’en finit plus d’être rénové à grands frais, des usagers qui ont déserté depuis belle lurette et un budget qu’on ne peut chiffrer à moyen et à long terme. Et une des grosses problématiques du stade est qu’il est mal adapté à notre climat : ça, tout le monde le sait! Il est si peu isolé et étanche à l’humidité, la toile n’a pas survécu à nos hivers et en saison hivernale justement, le stade est ceinturé d’une superbe clôture de 8’-0 de hauteur afin de protéger les quelques passants de se faire assommer par une chute de neige ou de glace…

Mais parlons justement de ces bâtiments mal-aimés pour lesquels nous découvrons soudainement un magnifique potentiel. Le meilleur exemple? Il se trouve à moins de 300m d’ici et il est connu sous le nom de Silo no5. Longtemps considéré comme une lubie d’architectes, la société en général commence tout juste à se l’approprier. L’engouement pour un projet de reconversion à cet endroit est palpable avec des rumeurs de développements immobiliers, l’organisation de concours d’idées et même la mise en place de visites guidées, dont celles d’Héritage Montréal lancées ce printemps. Alors le Silo no5 revient devant les projecteurs tels un acteur déchu faisant un retour triomphal devant les caméras. Bref, une histoire comme on les aime…

Mais pour continuer le parallèle avec la scène hollywoodienne, le stade olympique, lui,  est encore au centre de désintoxication. On aime mieux l’oublier, l’ignorer et considérer que ses meilleurs jours sont derrière lui. Mais évidemment, à la différence d’un acteur reclus dans un centre bien loin des caméras, le stade lui ne peut disparaître de notre champ de vision, de notre mémoire collective.

Et c’est peut-être là la plus grande différence entre le Silo no. 5 et le stade olympique. Alors que le Silo était une initiative privée vouée à une fonction strictement industrielle, le stade, construit à partir de fonds publics,  avait comme vocation première d’accueillir la crème des athlètes du monde lors de la plus grande compétition sportive sur terre, les Olympiques. Ce seul bâtiment a rallié pendant quelques jours, une ville, une province, un pays, une planète. Et une fois la visite partie, le party terminé, nous, québécois, sommes restés avec la facture, le ménage et un stade… Bref, la plus grande différence entre le Silo no5 et le stade olympique est la fébrilité de l’émotion qui réside derrière chacun de ces projets.

Mais il y a de l’espoir…

La vocation du parc olympique est en train de changer. Avec la proximité du Jardin botanique, la conversion du vélodrome en biodôme et la construction prochaine du nouveau planétarium, l’environnement sportif du stade se complémente de plus en plus d’installations culturelles, un mélange très intéressant.

Et c’est pour souligner ce renouveau que l’installation de ce soir est si importante : on doit essayer d’oublier le passé sans en perdre les leçons. On doit faire rejaillir cette flamme d’inspiration. Et surtout, on doit se réconcilier avec le stade, notre stade.

C’est donc pour cette raison que pour ceux et celles qui le désirent, je vous propose d’adopter un des stades qui est devant vous ce soir mais il y a 2 conditions :

  1. Vous devez remplir un tout petit formulaire avec votre nom, # de téléphone et adresse courriel
  2. Et si jamais je vous contacte pour utiliser votre stade pour les fins d’une installation ou d’une présentation sur le sujet, je vous demanderais de me le prêter à mon tour.

Mais d’ici là, un mini-stade sera assurément un sujet de discussion avec votre conjoint, vos enfants, vos parents, vos amis ou vos invités. Vous pourriez même commencer à recueillir les anecdotes et les commentaires des gens et peut-être, en tant qu’architecte, commencer à vous positionner sur la question du début : « Voulons-nous le conserver »?

Enfin, je vous présente ma filleule Jeanne. En plus de son parrain qui est architecte, son grand-père est architecte dans le région de Joliette et sa grand-mère a longtemps été impliquée dans le cadre administratif de l’Ordre des architectes. Si jamais Jeanne devient architecte, il y aura à ce moment environ 30 ans qui sépareront nos 3 générations :

  • celle des grands-parents qui l’on construit et payé
  • la mienne qui en déterminera l’avenir
  • et la sienne qui pourra, j’espère, en jouir ou du moins, critiquer nos décisions!

J’aimerais remercier Simon Goulet qui m’a fait des dons des maquettes et m’a laissé carte-blanche pour l’usage. Alors pour ceux et celles qui deviendront une famille d’accueil pour un mini-stade, prenez-en bien soin! Pas dans le sens de le garder sous verre bien au contraire : laissez vos enfants jouez avec, colorier dessus mais de grâce, amenez-les voir la version à l’échelle 1 :1 également! « En prendre soin » veut dire dévoiler votre mini-stade au grand jour dans votre bureau, votre salle de conférence, votre cuisine, votre salle de jeu, etc. et non pas le laisser dans le fond d’un tiroir car le vrai stade l’est déjà.

Finalement, j’aimerais aussi souligner la présence de Michel Dallaire que j’ai invité ce soir. Michel est bien entendu l’illustre designer industriel derrière le Bixi comme tout le monde le sait mais c’est également lui qui a conçu le flambeau olympique en 1976. Et il fait aujourd’hui parti d’un comité de consultation mené par Madame Lise Bissonnette sur l’avenir du stade.

Alors que 2017 soulignera le 375e anniversaire de la Ville de Montréal, le 150e anniversaire de la Confédération canadienne ainsi que le 50e anniversaire d’Expo ’67, n’oubliez pas qu’il y aura un autre 50e anniversaire en 2026, soit celui du stade olympique. Qu’aurons-nous à souligner à ce moment? Nous avons exactement 15 ans pour le déterminer!

Merci,

Martin
Martin Houle, architecte OAQ
Directeur-fondateur de Kollectif.net »

Pour voir quelques images des « mini-stades »…

Marc-André Carignan, b.arch.,
Chroniqueur en architecture et design urbain
Kollectif (section D'ici et d'ailleurs)

En savoir plus sur Marc-André

Crédit photo: Marose Photo

Commentaires

Lucie Langlois

Merci Martin pour cette belle invitation à la réflexion. JE suis certaine qu’elle portera fruit…

LL

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