ÉDITORIAL – Martin Houle (Kollectif) – "La mention des architectes et designers dans les médias"

Je me suis dit qu’il fallait bien que je donne l’exemple au niveau de la parution d’éditoriaux sur le site de Kollectif alors voici le premier!

« La mention des architectes et designers dans les médias »

C’est bien connu qu’il y a dans la communauté de l’architecture au Québec (et dans le design au sens large aussi j’imagine) ce sentiment que le nom des architectes et designers n’apparait à la une des grands médias (papier, télévision, web, etc.) que lorsqu’il y a des « problèmes » sur les projets. Un exemple? Lorsque les panneaux de verre de la Bibliothèque nationale on tout d’un coup commencé à « tomber », les journalistes se sont rués sur le téléphone pour avoir les commentaires des architectes à ce sujet. Pourtant, lors de l’inauguration officielle de ce bâtiment symbolique du Québec, le téléphone était étrangement silencieux au bureau.

J’ai aussi eu l’occasion d’assister à des conférences de presse organisées pour le lancement public de grands chantiers de construction et bien que tous les différents organismes ayant financé le projet y soient minutieusement mentionnés (accompagnés de tous leurs titres d’ailleurs), rarement a-t-on vu un discours prendre la peine de souligner l’apport des concepteurs et encore moins, d’y énumérer publiquement leurs noms.

Il est donc curieux de constater lors de l’inauguration d’oeuvres artistiques faisant parti du fameux « 1% », que le nom de l’artiste y soit clairement et fièrement signalé, contrairement au lancement de projets d’aménagement. Bien que je ne veuille pas commencer le débat à savoir si un architecte est un artiste ou non (cela fera parti d’un autre éditorial hehehe), je m’interroge sur ce fait: si ce n’était pas du client, il n’y aurait pas de bâtiment, donc pas d’architectes, ni d’artistes…. Alors pourquoi une telle discrimination envers le « middle-person »?

J’ai envoyé un courriel sur ce sujet à Madame Helen Fotopulos qui est conseillère municipale, membre du Comité Executif et Responsable de la Culture, du Patrimoine, du Design et de la Condition feminine pour la Ville de Montréal et si jamais j’obtiens une réponse officielle d’elle, je vous en ferai part. Mais à la lumière de la publication de trois communiqués de presse sur Kollectif cette semaine annonçant en grande pompe les travaux au Square Drochester, au Quartier Bonaventure et dans le parc Étienne-Desmarteau (voir article), je me suis dit: si les médias ne font pas mention des architectes et designers, est-ce parce que l’information qu’ils reçoivent à la base (via les communiqués de presse) n’y apparaît pas?

Par exemple, dans le communiqué de presse émis par la Ville de Montréal concernant l’inauguration du chalet et de l’oeuvre d’art au parc Étienne-Desmarteau, les journalistes y sont informés que l’oeuvre est de l’artiste Guy Pellerin mais aucun des concepteurs du chalet ne sont mentionnés même si tout un paragraphe est consacré uniquement à la construction de ce dernier!

En tant que Ville UNESCO de design, j’espère que la Ville de Montréal pourra donner l’exemple en instaurant une politique exigeant l’intrégration du nom des concepteurs dans leurs communiqués de presse – ce serait un début et peut-être que les grands médias prendront l’habitude d’en faire mention!

En guise de conclusion, je crois qu’il serait équitable si le public se rappelait aussi de nos réussites car un projet d’aménagement, peu importe son échelle, est également un projet de société. Une histoire à suivre donc!

Bonne semaine,

Martin Houle, m.arch.

* Les propos mentionnés dans la section « éditoriale » de Kollectif n’engagent que son auteur.

Marc-André Carignan, b.arch.,
Chroniqueur en architecture et design urbain
Kollectif (section D'ici et d'ailleurs)

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Crédit photo: Marose Photo

Commentaires

Alain Dufour

Martin,

Cela est une excellente idée. C’est un peu comme ce que nous essayons de faire lorsque nous organisons un événement avec Mission Design. Nous mentionnons le nom des designers, architectes, urbanistes liés à un lieu.

La Ville de Montréal devrait le faire également. Cela fait parti du développement d’une culture du design (et de l’architecture et urbanisme) au Québec. Mais pas seulement la ville, toutes les villes, et toute la commande publique devrait y passer.

Le 1% d’art dans les projets a été arraché par l’industrie culturelle après des années de campagne. 1%, 5%, 10% pour le design? pas si simple. Les projets et disciplines du design ont des contraintes asymétriques. Travaillons à trouver une formule.

Chose certaine, c’est également le rôle des diffuseurs de nous faire connaître qui sont les auteurs des projets. Merci de nous le dire quand ce sera « oublié ». Merci de nous faire connaître ces architectes, urbanistes et designers.

Quant à la Ville de Montréal, nous sommes une des rares villes du monde à avoir une élue du comité exécutif avec le titre « design ». Cela est relativement nouveau. Ayant un Bureau consacré au design et une élue dédiée au design, nous pouvons dire que nous sommes dans la bonne voie pour construire Montréal, ville Unesco de design.

Mais si nous ne pouvons nous féliciter de nos bons coups, si nos pouvoirs publics ne nous aident pas, qui le fera?

Stationnement Montréal aurait-elle du laisser Michel Dallaire signer le Bixi? Je pense que oui.

Alain Dufour
Directeur général
Mission Design

Denis Chouinard

Pourquoi ressasser ces vieilles histoires, prêchez par l’exemple, parlez-nous des concepteurs et de leurs projets, soyez innovateurs dans la façon dont vous aborderez la promotion du design et de l’architecture. Parlez-nous des nouveaux créateurs, ceux qui feront de Montréal et du Québec une société orientée vers le design. Une ville de design c’est plus qu’un vélo et une bibliothèque, il me semble!

admin

À ma connaissance Monsieur Chouinard, l’Image du mois sur Kollectif est une, sinon la seule plateforme média offrant la pleine liberté aux créateurs d’ici d’exposer leurs projets (voir le lien suivant: http://www.kollectif.net/?cat=101). Kollectif permet aussi de faire connaître des réalisations par des designers graphiques (voir l’article de Grafika cette semaine), des designers industriels, de mode et d’intérieur qui font du Québec une place si riche en design.

Vous avez alors tout à fait raison de mentionner qu’une ville de design est beaucoup plus qu’un vélo et une bibliothèque: mais si des projets de cette envergure n’offrent pas le rayonnement à leurs créateurs, qu’en est-il des projets plus petits? À ma connaissance, les créateurs derrière l’aménagement du Square Dorchester, du Quartier Bonaventure et du chalet au parc Étienne-Desmarteau méritent autant qu’on les créditent publiquement de leur projet.

Pour ce qui est de faire ma part, le Tournoi de golf des architectes a eu lieu jeudi dernier et en tant qu’organisateur principal, j’ai initié un don en argent de 12 500$ aux Architectes de l’urgence (AUC) et à la Maison de l’architecture du Québec (qui sera annoncé officiellement vendredi prochain). J’espère que ce montant augmentera à 15 000$ l’année prochaine, au profit des AUC et cette fois-ci, du Festival international des jardins de Métis qui encourage justement le jeune talent en design.

Finalement, sachez que le Tournoi de golf des architectes du Québec, présenté par Kollectif, a acheté plus de 6000$ en cadeaux de designers d’ici. Pour l’année prochaine, je vise un budget de 10 000$ afin d’encourager la relève.

Alors comme vous le voyez, je fais de mon possible pour prêchez par l’exemple et j’espère seulement que cet éditorial fera avancer les choses!

Merci de vous intéresser à Kollectif,

Martin Houle, m.arch.
Directeur-fondateur de Kollectif.net

Denis Chouinard

Bravo M. Houle

Kollectif est un média promotionnel que j’admire énormément et je lève mon chapeau aux efforts que vous déployez pour faire connaitre les créateurs de tous horizons. Je souhaite que votre exemple soit suivi par tous les médias. Voilà ce que j’appelle de l’implication et de l’engagement, vous devriez occuper plus d’espace dans l’univers médiatique Québécois.

Encore merci de vos précisions.

Lucie Langlois

Ce sujet est très important. C’est toujours très choquant de constater que les architectes soient si peu considérés et qu’on leur accorde si peu de crédit pour leur apport à un projet. Je crois que c’est un peu le reflet de notre société nord-américaine, hélas, qui valorise très peu la culture et beaucoup les questions économiques en général dans plusieurs domaines.
Mais, une campagne de sensibilisation pourrait certainement changer les choses. On l’a vu pour la cigarette, le recyclage, etc. les idées font leur chemin et évoluent… Il y a toute une campagne à démarrer afin de sensibiliser les média. Il me semble que l’IRAC a déjà soulevé cette question. Cela exigerait une mobilisation concertée de la part des associations d’architectes.

Karine Bergevin

Tout ce dont vous faites mention est très juste. Il est nécessaire de sensibiliser médias et population au travail des designers/architectes et de mettre un nom sur un bâtiment comme on le fait pour un vêtement, un article, une pièce de théâtre. On est loin de vouloir créer des starchitectes!

Même à l’international, lors des jeux olympiques 2008, on parle du magnifique nid d’oiseau de Pékin et Herzog et De meuron ne sont pas mentionnés une seule fois!

Tant de bâtiments construits sans architecte, sans en voir l’intérêt! Il faut transmettre une culture architecturale et attiser la curiosité des gens pour le design puisqu’on ne pourra faire rayonner Montréal sans eux.

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