Source :
Caroline Jerabek | Directrice communications et marketing | Provencher_Roy
Photo :
Claude Provencher | Photo courtoisie de PRAA
 

Décès de Claude Provencher et hommage d’Yves Lefebvre

Communiqué de presse de PRAA :

« Montréal, le 8 mai 2022

C’est avec énormément de tristesse que Provencher_Roy annonce le décès de Claude Provencher, architecte primé et cofondateur de la pratique, le 6 mai 2022, à l’âge de 72 ans.

Considéré comme l’un des instigateurs de la nouvelle architecture urbaine issue de la fin des années 1970 au Canada, Claude Provencher est reconnu pour ses projets à la fois ambitieux, contemporains et respectueux du génie du lieu. Croyant fermement en la valeur ajoutée et la pérennité que confère l’architecte à l’environnement bâti, il participa à toutes les batailles livrées pour la reconnaissance du statut professionnel du métier au Québec.

En 1983, il fonda Provencher_Roy aux côtés de Michel Roy. Il mena d’une main de maître la pratique à titre de concepteur principal pendant quatre décennies. Soucieux du contexte économique et social, Claude Provencher posa un regard incisif sur la ville et se distingua très tôt par ses propositions d’avant-garde. À la fin des années 80, il entreprit une réflexion sur le sort d’un îlot délaissé, occupant un site stratégique au cœur du Vieux-Montréal. L’idée de redynamiser le quartier avec un projet fédérateur prit forme et le Centre du commerce mondial ouvrit ses portes en 1992. Jalon majeur de ce qui constitue aujourd’hui le Quartier international de Montréal, cette première grande opération de requalification fut l’un des plus importants projets des années 90.

La firme connut ensuite une croissance fulgurante au fil de réalisations innovantes et majeures qu’il dirigea avec maestria, telles que le Pavillon J.-A. Desève pour l’Université du Québec à Montréal (1998), le pavillon Claire et Marc Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal (2011), l’agrandissement du Ritz-Carlton (2012), le Plan de développement du Technopôle Angus (2014), l’agrandissement du Centre Hospitalier Universitaire de Sainte-Justine (2017), la réfection de la Tour de Montréal (2018), le pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale du Québec (2019), le nouveau pont Samuel-De-Champlain (2019) et l’Îlot Balmoral (2019).

En réponse aux mutations constantes du vivre-ensemble comme aux transformations internes de la pratique architecturale, Claude Provencher s’engagea invariablement dans l’expérimentation conceptuelle, typologique et matérielle. Qu’elle se concrétise jusque dans le bâti ou qu’elle demeure au stade potentiel, la recherche d’innovation contribua fondamentalement à la qualité de ses projets, ainsi qu’à sa démarche sensible et holistique.

Sous son influence, Provencher_Roy remporta le titre de la meilleure firme de l’année en architecture au Canada, octroyé par l’Institut Royal d’Architecture du Canada (2015) et plusieurs prix d’excellence, dont ceux du Gouverneur général, du Canadian Architect ou encore de l’Ordre des architectes du Québec.

Perçu par ses pairs somme un éveilleur de conscience, il contribua à la création du Conseil du patrimoine culturel du Québec ; siégea au Comité consultatif de l’urbanisme, du design et de l’immobilier de la Commission de la capitale nationale à Ottawa ; fut membre du Conseil d’administration de la Conférence canadienne des arts ; et de la société Héritage Montréal. Il s’investit également au sein de son ordre professionnel et de nombreux comités universitaires et organismes dédiés à la promotion de l’excellence en architecture, notamment à titre de conférencier au Canada et en Europe.

Il fut d’ailleurs reçu fellow de l’Institut royal d’architecture du Canada en 2000 pour sa contribution exemplaire à la profession, membre de l’Académie royale des arts du Canada en 2014 pour son rôle de leader dans la communauté et chevalier de l’Ordre national du Québec en 2021 pour son profond sens de l’engagement et la passion ambitieuse qu’il porta à son métier.

Passionné, enthousiaste, intuitif, constructif, émotif, Claude Provencher contribua de façon importante, par son esthétisme, son ouverture d’esprit et son engagement indéfectible, à notre patrimoine architectural. Éloigné d’une démarche signature, il privilégia un langage nuancé et vivant. Il transforma la société pour créer des milieux de vie respectueux des citoyens et de l’environnement bâti au moyen d’une architecture inclusive, porteuse de sens et durable afin que toujours prime l’expérience humaine.

Aujourd’hui, on ne compte plus le nombre de bâtiments portant sa marque à Montréal. Cette ville aux saisons si distinctes et son fleuve toujours changeant l’auront inspiré tout au long de sa carrière. Quel défi emballant, pour lui, que de concevoir des bâtiments qui s’épanouissent autant sous le soleil que sous la neige. Quelle fierté, comme architecte, que de créer pour cette ville renommée pour sa qualité humaine. En remontant le fil de son œuvre, une évidence s’impose : ce que la métropole lui a inspiré, Claude Provencher le lui a rendu au centuple avec beauté, délicatesse et modestie.

Provencher_Roy offre ses pensées et tout son soutien à sa conjointe, Lucie Bouthillette, à ses enfants, ainsi qu’à ses nombreux proches. »

Pour consulter le communiqué de presse original…


Hommage d’Yves Lefebvre, ex-Président du Conseil du patrimoine culturel du Québec :

« Claude Provencher, passeur de beauté

Beauté. C’est le premier mot qui me vient en tête lorsque je pense à Claude Provencher, le passeur de beauté. Cet homme était passionné par la beauté du pays et il savait nous faire partager sa passion.

Lorsque sa main tient le crayon, son geste imprègne avec force la rue qu’il dessine; les bâtiments qu’il crée ou qu’il recrée deviennent des repères dans la ville; le paysage qui nous contient s’illumine. Des lieux emblématiques comme le Centre de commerce mondial, le pont Samuel-de-Champlain, l’îlot Balmoral, le Musée des beaux arts du Québec ou le pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale sont autant d’interventions qui portent la marque de Provencher et nous donnent envie de prendre soin du pays.

Avec son envie de modernité alliée à sa recherche constante de l’excellence et à son talent pour l’accomplir, il a sublimé la profession d’architecte et en a rehaussé les standards. Il a su se servir de l’architecture pour mettre de la beauté dans nos villes, dans nos rues. Avec un beau mélange de raison et de fantaisie, nos villes et nos rues deviennent ainsi plus belles sous son impulsion. Ses oeuvres sont autant de tableaux qui nous en révèlent la grandeur et la beauté, forçant la contemplation.

Je le soupçonne d’ailleurs d’avoir déjà esquissé quelques croquis d’idéation pour le pays des souvenirs. Ce pays où il est parti sera désormais plus beau parce qu’il y est.

Générosité. Un deuxième mot qui évoque bien Claude Provencher. Nous fûmes collègues pendant une dizaine d’années au sein du Conseil du patrimoine culturel du Québec, un organisme de consultation que je présidais depuis sa création en 2011 et dont Claude fut avec moi l’un des membres.

Alors qu’il dirigeait une entreprise de plusieurs centaines d’employés, malgré toutes les responsabilités que cela implique, en plein travail de conception d’un stade, d’un hôpital, d’une école ou d’un aéroport, il n’hésitait pas à consacrer généreusement son temps pour nous aider. Avec calme, d’une voix très douce, trop douce même, il nous impressionnait par son autorité morale.

Il aura insufflé au Conseil du patrimoine la rigueur, l’ouverture et la formidable culture du doute créatif qui ont fait de cet organisme une institution respectée. C’est grâce à de beaux esprits comme celui de Claude que ce conseil devint et demeure une force rassurante.

J’ai toujours apprécié l’intensité de son approche. Pour lui, il n’y eût jamais de grand ou de petit dossier, de projet plus ou moins intéressant, de proposition qui vaille la peine d’être considérée et d’autres, non. Il n’y eut que des projets méritant d’être améliorés. L’excellence, c’est bien la seule chose sur laquelle Claude n’aurait jamais fait de compromis.

Élégance. Voilà un autre mot qui me vient à l’esprit quand je pense à cet homme d’exception. L’élégance cesse lorsqu’on la remarque, disait Jean Cocteau, celui qu’on appelait le poète de toutes les élégances. Ces élégances qu’on ne remarque pas mais qui nous envoûtent, ce sont aussi celles de Claude Provencher. Mais sa plus grande élégance aura toujours été celle du coeur. Son approche courtoise et respectueuse de ses collègues aura toujours permis à Claude de faire valoir et accepter des idées innovantes et porteuses. Il maîtrisait l’art de convaincre.

Ainsi fut-il l’initiateur de l’inscription dans la nouvelle politique culturelle du Québec d’une stratégie québécoise de l’architecture. Je tiens à le rappeler. C’est en effet sous son impulsion que le Conseil du patrimoine culturel et l’Ordre des architectes ont, ensemble, défendu avec conviction, auprès de quatre ministres de la Culture, cette idée de stratégie maintenant devenue une politique nationale annoncée l’automne dernier par le Premier ministre. Un grand pas pour la qualité de vie des Québécois et pour mieux refléter notre identité culturelle.

L’histoire du Québec peut se conjuguer de plusieurs façons. Une chose est certaine, elle se conjugue aussi à la manière de Claude Provencher.

Pour tout ça, merci Claude. »


Pour visiter le site internet de Provencher_Roy….

Veuillez noter que les commentaires sont sujets à modération