Consulat général de France à Québec

Source :
Jean-Pierre Chupin, Ph.D. | Professeur titulaire | Chaire de recherche du Canada en architecture, concours et médiations de l’excellence | Université de Montréal
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Tiphaine Abenia
 

Tiphaine Abenia remporte le prix de la thèse en cotutelle France / Québec 2020

Annonce :

« Le 19 octobre 2020, le Consulat général de France à Québec, suivant les recommandations de la mission d’évaluation du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de lʼInnovation, a désigné Tiphaine Abenia lauréate française du prix de thèse en cotutelle 2020. Les prix de thèse en cotutelle français et québécois, d’un montant de 1500$, seront remis lors du Gala organisé par l’Acfas (Association francophone pour le savoir) qui se tiendra de façon virtuelle le 9 décembre prochain.

Sous la direction de Daniel Estevez (ENSA Toulouse) et de Jean-Pierre Chupin (UdeM) pour le doctorat individualisé en architecture, la thèse de Tiphaine Abenia « Architecture potentielle de la Grande Structure Abandonnée (G.S.A) : catégorisation et projection » a été défendue en juin 2019. Architecte et ingénieure, madame Abenia enseigne aujourd’hui à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).


Résumé

Cette recherche, inscrite en théorie de la conception architecturale, porte sur un phénomène contemporain situé à la frontière entre architecture et urbanisme : celui de la Grande Structure Abandonnée (GSA). Cette notion rassemble une hétérogénéité de situations construites de grande taille accusant une durée d’abandon supérieure à une décennie. L’enjeu de cette thèse est d’interroger les possibilités d’une catégorisation de la GSA, à la fois comme problématique disciplinaire (la catégorisation comme cadre de connaissance) et comme enjeu pratique (la catégorisation comme cadre d’intervention).

La thèse se développe en deux temps : les trois premiers chapitres s’attachent à définir le phénomène de la GSA via des opérations d’inventaire, de description et de classement. Face aux limites présentées par les cadres classificatoires conventionnels en architecture, les trois derniers chapitres opèrent un déplacement des cadres d’analyse : d’une classification de ce qu’est la GSA (propriétés), il est alors question d’interroger ce que la GSA fait ou peut faire (capacités potentielles). À partir de la construction d’un Atlas de 103 structures, la recherche s’attache tout d’abord à une description de la GSA agencée autour des caractères hérités du projet originel de la structure (sens premier), des caractères amenés par l’abandon (perte de sens) et de ceux attachés aux projections contemporaines entourant la GSA (renouveau du sens). Ces descriptions permettent d’alimenter l’analyse conjointe des résistances et des ressources (tant physiques, que pragmatiques et épistémologiques) oeuvrant au sein de la GSA. Le couple (Résistances-Ressources) n’est alors plus appréhendé dans une opposition binaire, mais comme un phénomène jumeau (Van Eyck, 1960). La prise en compte de cette dialectique permet d’accéder à une anticipation sur le devenir de 72 des 103 GSA étudiées. Cinq territoires conventionnels de reclassement sont identifiés (démolition, réhabilitation, patrimonialisation, tourisme, ruine), ils ne permettent cependant pas de recouvrir l’entièreté du phénomène. La modélisation laisse 31 GSA dans une zone d’indétermination classificatoire, résistant aux modes d’anticipation convergents. Qu’est-ce qui, chez ces structures, échappent aux modes conventionnels de connaissance et d’intervention en architecture ? Comme voie de réponse à cette question, la recherche pose l’hypothèse de la GSA comme « phénomène liminal » (Van Gennep, 1909). L’attention est alors portée sur les caractères alimentant la condition d’entre-deux de ces structures (inachèvement, ambiguïté constructive, dimension mythique, scénarios conflictuels, dynamiques informelles). Celle-ci permet de montrer les limites présentées par les filtres fonctionnels, formels et stylistiques conventionnellement employés en architecture et d’ouvrir la recherche sur des modes d’agencement interprétatifs plus ouverts et indéterminés. Les trois derniers chapitres de la thèse opèrent ainsi un déplacement de la propriété vers le potentiel de la GSA. Les nombreux scénarios gravitant autour de la GSA servent alors de matière d’analyse permettant d’accéder à ces potentiels. Une étude de cas in situ, menée dans l’une des structures étudiées (El Elefante Blanco de Buenos Aires), sert de fil rouge à une enquête sur les catégories de potentiel de la GSA. Cinq catégories sont extraites : 1. Gisement, 2. Epiderme augmenté, 3. Mégastructure 2.0, 4. Rhizome et 5. Anti-monument, auxquelles répondent des stratégies de conception propres. Ces catégories placent la GSA au croisement d’enjeux constructifs, écologiques, sociaux et politiques. »

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