Marc-André Carignan

 
 

Une passerelle pour Ville-Marie: pas la fin du monde

La Ville de Montréal a timidement avoué cette semaine que le projet de recouvrement de l’autoroute Ville-Marie ne se développait pas comme on l’aurait initialement souhaité.

Le responsable du dossier, Richard Bergeron, a confirmé publiquement que la disparition de la bretelle de l’autoroute 720 [celle qui frôle l’édicule de métro Champ-de-Mars] n’aurait finalement pas lieu. L’idée n’a pas passé auprès du MTQ, m’a-t-on confié. On doit donc envisager d’autres scénarios, allant de la conservation du tunnel Champ-de-Mars jusqu’à l’érection d’une passerelle piétonne.

 

Source: Ville de Montréal

Source: Ville de Montréal

 

Il s’agit là d’un dénouement allant manifestement à l’encontre de la vision originale de M. Bergeron si l’on se fie à sa déclaration datant du mois d’août dernier: «La position de la Ville, c’est qu’il faut absolument que la bretelle soit fermée. Sans cela, l’intérêt d’aménager une place publique entourée d’une bretelle autoroutière n’a guère de sens».

 
Cela dit, est-ce la fin du monde si la bretelle ne disparaît pas? Non, même si le scénario idéal resterait évidemment la disparition de cette bretelle pour maximiser l’expérience des visiteurs.

 
Par contre, l’idée d’une passerelle peut être séduisante si on fait preuve de volonté et de créativité.

 

La preuve: de jeunes architectes de la firme Architecture Open Form avaient développé, en 2009, une proposition allant en ce sens lors d’un concours d’idées ayant pour objectif de repenser le secteur Champ-de-Mars. La voici:

 

 
Reste à voir maintenant si la Ville aura l’audace d’envisager une telle option plutôt qu’une pauvre passerelle entourée de clôtures Frost…

Marc-André Carignan, b.arch.,
Chroniqueur en architecture et design urbain
Kollectif (section D'ici et d'ailleurs)

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Crédit photo: Marose Photo

Commentaires

antoine s.bonetto

Entre le projet présenté et celui de la clôture Frost il existe, au-delà de l’esthétisme, une distance d’échelle et de vitesse.

Si le projet présenté par cette courte animation est séduisant, c’est parce qu’on y contrôle le facteur temps. En architecture, contrairement au cinéma, on peut toujours influencer le tempo, mais on ne le contrôle pas.

Le facteur temps peut être contrôlé dans les médiums que sont le cinéma, la musique, la danse ou le théâtre, mais pas en architecture. Bien sûr, le design peut influencer la cadence, le rythme ou le tempo, par différents dispositifs tel que la spatialité, l’éclairage ou l’acoustique, mais sans jamais le contrôler aussi précisément que lors du montage final du film ou encore lors de l’interprétation de la symphonie.

Dans cette vidéo, on traverse le projet à la vitesse d’un vélo ou d’une voiture lente, soit peut être 25 km/h. En fait c’est au moins quatre fois plus rapidement qu’à pieds. À cette vitesse il est normale que l’on ne s’attarde pas aux mêmes détails qu’à la vitesse d’un piéton, tout simplement parce qu’on a pas le temps de le faire. Ce qui m’amène à dire que le temps consacré à l’appréciation du détail, influence directement son échelle. Donc pour être intéressante, chaleureuse, sécurisante et réconfortante, la tectonique du projet doit être adaptée à la vitesse de son utilisateur. L’échelle de la clôture Frost, bien que celle-ci soit culturellement et esthétiquement rébarbative, est néanmoins plus humaine que celle d’un pilier d’autoroute.

Évidement cette vidéo présente ici le projet à l’état conceptuel et à cette phase de conception, on est encore loin du détail à l’échelle 1:5 ou même
1″=1′-0″. Par contre, la nature même du programme proposé par ce projet, suggère qu’il sera difficile de le ponctuer naturellement pour ralentir le rythme de l’utilisateur. Sa plasticité très lisse aussi, porte à croire que ce projet est conçu pour une vitesse hautement supérieure à celle d’un piéton.

Finalement, ce projet me rappelle l’expérience spatio-temporelle vécue au Square Viger ou encore sur l’esplanade du Stade Olympique, soit deux projets que l’on pourrait qualifier de « no man’s land » et où l’échelle humaine est absente.

Ceci dit, bretelle, ceinture ou maille de clôture Frost, si nous continuons à voir la vie au rythme des vidéos de présentation comme celle-ci, non ce ne serait pas la fin du monde, mais on risque d’y arriver plus rapidement qu’à pieds!

antoine s.bonetto
designer sculpteur d’espace

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