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REM: l’argumentaire environnemental travesti en faveur de l’enrichissement en capital

Un texte de Marie-Claude Plourde

 

Le 1er février dernier, j’ai été horrifiée d’entendre le maire Coderre (lors d’une entrevue à Gravel le matin) proclamer que le projet de train électrique de la Caisse de dépôt (REM) serait certainement, à ce jour, le projet le plus environnemental mené par la Ville de Montréal.

Eh bien. J’aimerais bien que les porteurs du projet m’éclairent davantage sur son étendue environnementale, au-delà du simple usage des termes «train électrique» et «transport collectif». Peut-on obtenir davantage d’explications formelles et approfondies sur ce que ces «arguments verts» signifient et préposent réellement?

Personnellement, ce sont les kilomètres d’infrastructures qui devront être construites pour ce train qui envahissent mon imaginaire lorsque j’entends parler du projet. Une donnée qui implique une énorme quantité de CO2 pour la production de matériaux et leur transport, de même que la destruction d’une centaine de km2 de terres pour sa construction, notamment pour l’aménagement de places de stationnement. Sans compter qu’une partie du projet représente un nouvel incitatif à l’étalement urbain.

 

Source: CDPQ Infra

Source: CDPQ Infra

 

Cela dit, l’usage galvaudé d’arguments dits «en faveur des enjeux climatiques» revient fréquemment pour tenter de faire passer n’importe quel projet auprès de la population, alors que les vraies motivations restent souvent d’ordre économique.

Force est de constater que nos dirigeants travaillent d’abord et avant tout pour l’enrichissement en capital de notre économie. Et ce, malgré les bonnes résolutions issues de l’Accord de Paris sur le climat, qui demandent pourtant une implication plus active de nos gouvernements face aux enjeux climatiques. La priorité économique persiste et favorise l’accroissement constant des phénomènes de globalisation et de consommation, principaux responsables de l’exploitation inconsidérée de nos ressources naturelles et de la dégradation environnementale.

Puis, quand des instances reconnues s’interposent face à des projets qui ne répondent pas à un développement durable, on tente de les discréditer, comme on l’a fait avec le BAPE pour son rapport sur le REM.

Pire. Québec tente même de mettre en place, en ce moment, une nouvelle instance ministérielle centrée sur le volet économique des projets et leur mise en valeur, qui supplanterait le BAPE à plusieurs niveaux (voir l’article du Devoir à ce sujet). Bref, l’économie avant tout.

L’objectif d’une perspective de développement durable consiste pourtant à aborder indissociablement les dimensions environnementale, sociale et économique dans les activités de développement. En regard à l’utilisation galvaudée de cette expression, lorsqu’elle parvient à vos oreilles, je vous invite dès maintenant à y être plus critique. J’avancerais même que, dans l’état actuel des choses, l’expression «développement durable» et les principes qu’elle sous-tend sont désuets et qu’il faudrait plutôt réviser nos comportements et réduire notre consommation en vue d’un décroissement soutenable.

Je vous invite également à élargir votre point de vue critique sur le projet du REM en consultant le rapport du BAPE, les conclusions de Vivre en ville, ou encore, en suivant Coalition Climat Montréal qui étudie attentivement ce projet.

 

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Photo: Kévin Grégoire

Photo: Kévin Grégoire

Marie-Claude est d’abord diplômée au baccalauréat en Architecture de l’Université de Montréal et est actuellement doctorante en Communication à l’UQAM. C’est en réponse à quelques années de pratique au sein de la firme de génie-conseil Nordic Structures Bois qu’elle a opté pour un retour aux études, non pas en architecture, mais vers les cycles supérieurs en communication afin d’approfondir sa réflexion sur les processus collaboratifs dans le milieu de l’aménagement.
Son passage dans l’équipe de l’Association du design urbain du Québec (ADUQ) ces dernières années a fortement alimenté sa problématique de recherche en la sensibilisant à la présence des citoyens et des usagers comme acteurs de premier plan dans toute démarche d’aménagement. C’est notamment ce qui explique, aujourd’hui, sa réflexion doctorale sur le développement des bases d’une démarche créative en aménagement, considérant l’ensemble des dimensions d’un contexte local – de l’identité culturelle à ses caractéristiques biotopiques, ainsi qu’à la mise à contribution du corps et du jeu avec la matière.

 

** Les opinions émises dans ce texte ne représentent pas nécessairement celles de Kollectif **

Marc-André Carignan, b.arch.,
Chroniqueur en architecture et design urbain
Kollectif (section D'ici et d'ailleurs)

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Crédit photo: Marose Photo
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