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Illuminart: L’art et la lumière comme armes de cohésion sociale

Un texte de Marie-Claude Plourde

 

Depuis le lancement d’Illuminart, les médias ont largement discuté du caractère évènementiel de cette fête de la lumière et des diverses œuvres qui constituent ce parcours urbain, le qualifiant de « musée à ciel ouvert » et de « festival dans un festival ». Tous s’entendent pour parler d’une réussite grâce à l’implication d’organisations montréalaises, mais surtout, grâce au travail d’artistes d’ici et d’ailleurs.

Illuminart fut aussi désigné comme un espace d’expérimentation afin d’approfondir l’articulation entre la place publique et les arts numériques, ainsi qu’un espace de rayonnement international pour Montréal, ville UNESCO de design et pôle innovant dans le développement des nouvelles technologies numériques.

 

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Photo: Mathieu Gervais / Instagram (@mathgervais)

 

Cependant, à travers cette couverture médiatique, personne ne s’est réellement attardé à l’essence d’une fête des Lumières selon son origine lyonnaise et, par conséquent, au riche potentiel d’un tel évènement pour la métropole. Au-delà d’une démonstration artistique des possibilités d’orner la ville avec des objets qui stimulent nos sens par l’utilisation de la lumière et du son, l’objectif d’un tel évènement est de saluer l’espérance et la solidarité d’une communauté. Un tel message se matérialise à travers l’illumination des espaces et des objets significatifs d’une ville, d’un seul geste collectif, pour que tous puissent jouir de la beauté d’un espace urbain, même dans les moments les plus sombres.

Il va sans dire que le Québec est actuellement assombri à plusieurs niveaux, notamment par un individualisme accru et la peur de l’autre. Pensons évidemment à l’attentat de Québec. En ce sens (et pour rebondir sur mon billet de février dans lequel je proposais de cultiver l’acceptation sociale dans l’espace public), l’implantation d’une fête des Lumières me semble tout à fait désignée pour être porteuse d’un renouveau dans nos milieux urbains.

Par ailleurs, afin d’assurer le renouvèlement d’Illuminart d’année en année, ses promoteurs, l’Équipe Spectra, ont récemment organisé une activité de réflexion, adressée à tous les « metteurs en scène » qui gravitent autour de la lumière, de l’art et des technologies… les trois mots d’ordre d’Illuminart. À cette occasion, Mikaël Frascadore, vice-président production chez Spectra, a souligné le désir de l’organisation de renseigner tout un chacun des « vrais » objectifs et paramètres d’une fête des Lumières.

Lors d’une table ronde, Luc Courchesne, artiste local reconnu et codirecteur de la recherche à la SAT, a brillamment illustré les possibilités sociales des technologies numériques afin de nous délivrer de notre actuel obscurantisme culturel, interculturel, religieux et autres, par une redéfinition de l’espace public à l’aide de l’art et des nouvelles technologies.

Les propos de M. Courchesne ont également mis en relief un élément des plus importants: le besoin, en premier lieu, de créer des ponts. Des ponts entre les citoyens d’une même ville, tout comme avec les citoyens d’autres régions. À titre d’exemple, l’artiste nous a présenté une œuvre qui avait pour fonction d’être une interface en direct, entre Montréal et Québec / Paris, qui a permis débats et partages entre de purs inconnus, qui auraient autrement été impossibles.

 

 

Bref, sans nier l’apport de la créativité d’ailleurs, ne serait-il pas intéressant, l’an prochain, d’implanter des œuvres connectant divers coins de la province? Ou même, à une échelle plus locale, simplement reconnecter les divers lieux de la métropole pour étendre la fête des Lumières au-delà du centre-ville? Pourrions-nous miser sur des œuvres qui cherchent à mettre en lumière nos liens sociaux dans l’espace public afin de renforcer notre solidarité?

** Les opinions émises dans ce texte ne représentent pas nécessairement celles de Kollectif **

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Photo: Kévin Grégoire

Photo: Kévin Grégoire

Marie-Claude est d’abord diplômée au baccalauréat en Architecture de l’Université de Montréal et est actuellement doctorante en Communication à l’UQAM. C’est en réponse à quelques années de pratique au sein de la firme de génie-conseil Nordic Structures Bois qu’elle a opté pour un retour aux études, non pas en architecture, mais vers les cycles supérieurs en communication afin d’approfondir sa réflexion sur les processus collaboratifs dans le milieu de l’aménagement.
Son passage dans l’équipe de l’Association du design urbain du Québec (ADUQ) ces dernières années a fortement alimenté sa problématique de recherche en la sensibilisant à la présence des citoyens et des usagers comme acteurs de premier plan dans toute démarche d’aménagement. C’est notamment ce qui explique, aujourd’hui, sa réflexion doctorale sur le développement des bases d’une démarche créative en aménagement, considérant l’ensemble des dimensions d’un contexte local – de l’identité culturelle à ses caractéristiques biotopiques, ainsi qu’à la mise à contribution du corps et du jeu avec la matière.

Marc-André Carignan, b.arch.,
Chroniqueur en architecture et design urbain
Kollectif (section D'ici et d'ailleurs)

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Crédit photo: Marose Photo
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