Marc-André Carignan

 
 

Les recouvrements d’autoroutes ont la cote

Il y a à peine quelques décennies, raser des quartiers complets pour faire place à de larges autoroutes était un signe de modernisation des grandes villes nord-américaines. La voiture était idolâtrée par nos politiciens et était perçue comme une preuve de prospérité économique.

Aujourd’hui, c’est tout le contraire. On tente tant bien que mal de camoufler ces cicatrices urbaines colossales, qui isolent plus souvent qu’autrement nos quartiers. Les projets de recouvrements d’autoroutes se multiplient, ici comme ailleurs, au profit de parcs linéaires et de développements immobiliers.

À Montréal, il y a évidemment le recouvrement partiel de l’autoroute Ville-Marie qui suscite beaucoup d’intérêt. La Ville devrait d’ailleurs lancer sous peu son concours de design pour l’aménagement du parc qui permettra de reconnecter le secteur du CHUM au berceau de la métropole, le Vieux-Montréal.

 

Source: Google Maps

Source: Google Maps

 

Chez nos voisins du sud, deux nouveaux projets viennent de s’ajouter à la liste des villes qui souhaitent se réinventer.

Le premier: le CityMAP Project, à Dallas. Politiciens, urbanistes, promoteurs et organismes liés à l’aménagement du territoire discutent actuellement du sort que l’on devrait réserver à certaines autoroutes vieillissantes qui traversent la ville. La plupart d’entre elles, construites après la Seconde Guerre mondiale, ont contribué à l’étalement urbain dans la région et au déclin de plusieurs quartiers limitrophes.

 

Source: Wikicommons

Source: Wikicommons

 

La réflexion engendrée par CityMAP porte ainsi sur les solutions à envisager ces prochaines années afin de reconnecter le tissu urbain et d’améliorer la qualité de vie des résidents de Dallas.

L’une de leurs grandes inspirations: le succès du Klyde Warren Park. Depuis 2012, ce parc linéaire, qui chevauche une autoroute de la ville, propose aux familles du secteur une série d’activités tout au long de l’année, de la présentation de concerts en plein air à des séances de yoga. En plus de réduire significativement la création d’îlots de chaleur, la demande pour les propriétés des quartiers avoisinants a considérablement augmenté, tout comme la valeur foncière des édifices. Certains médias locaux parlent carrément de renaissance pour ce secteur de la ville, longtemps négligé par les autorités municipales.

 

Source: Klyde Warren Park

Source: Klyde Warren Park

Source: Klyde Warren Park

Source: Klyde Warren Park

Source: Klyde Warren Park

Source: Klyde Warren Park

 

Autre projet qui a fait jaser ces derniers jours: le recouvrement de l’Interstate 5, à Seattle. Un groupe d’architectes locaux, Patano Studio, a dévoilé un concept de recouvrement d’autoroute qui permettrait de consolider le tissu urbain en créant un parc linéaire, du logement et des infrastructures culturelles.

 

 

La proposition a su attirer l’attention de nombreux blogues de design, d’architecture et d’urbanisme. Reste à voir si elle attirera l’attention des politiciens locaux…

 

Marc-André Carignan, b.arch.,
Chroniqueur en architecture et design urbain
Kollectif (section D'ici et d'ailleurs)

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Crédit photo: Marose Photo

Commentaires

antoine s.bonetto

Le sujet de ce texte, me rappelle la réflexion profonde que mène Kundera dans son roman L’insoutenable légèreté de l’être, à propos de notre merde et de notre besoin de la cacher. Le besoin de cacher nos voitures et leurs infrastructures…

N’y aurait-il pas là un peu d’hypocrisie dans notre discours? « Aujourd’hui, c’est tout le contraire. On tente tant bien que mal de camoufler ces cicatrices urbaines colossales, qui isolent plus souvent qu’autrement nos quartiers. Les projets de recouvrements d’autoroutes se multiplient, ici comme ailleurs, au profit de parcs linéaires et de développements immobiliers. »

Ne serait-ce pas là plutôt un simple signe des temps? Si ce n’est pas purement par opportunisme politique?

Que ce soit par le passage d’une autoroute, d’une voie ferrée ou d’un parc linéaire, tous les trois laissent une cicatrice. On ne peut donc parler ici de reconnexion de tissus sans parler de cicatrice. Le projet de Patano Studio à Seattle tel que cité dans votre texte, illustre très bien cette cicatrice. Reconstruction du terrain, certes, mais pas de la trame.

À mon avis la seule façon de pratiquer une véritable reconnection du tissus est d’assurer la continuité de sa trame et de son bâti.

La réduction des îlots de chaleurs et les ajouts d’espaces verts en milieu urbain sont des causes véritables et nobles, mais elles sont les réponses à d’autres problèmes que celui de la déchirure urbaine. Maintenant peut on faire d’une pierre deux coups? Et pourquoi pas trois? Probablement, mais ne perdons pas de vue les prémices de chacun de nos besoins afin de toujours bien adapter les solutions aux problèmes et non l’inverse.

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