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Coup de coeur – "How To Write Like An Architect"

Une vidéo qui m’interpelle particulièrement ces temps-ci puisque je travaille sur un projet de rénovation et en consultant les plans des architectes et ingénieurs rédigés au début du siècle, je suis fasciné par les subtilités dans les styles d’écriture, les différentes représentations graphiques, comment quelques coups de crayons imparfaits traduisent immédiatement ce qui pourrait nous prendre plus de temps, ironiquement, avec la perfection du CAD.

Je me souviendrai tout le temps de ce qu’un technicien senior m’avait dit un jour:

« Martin, un détail fait « à la main » est toujours plus simple à changer dans des conditions de chantier. Quelques coups d’efface, quelques lignes tirées, une photocopie et hop, l’entrepreneur s’en va avec sa directive contrairement à aujourd’hui. Nous devons maintenant ouvrir l’ordinateur, trouver le bon dessin CAD, faire les modifications, les entourer d’un nuage de directive, faire un « page set-up », l’envoyer à l’imprimante (ahhh zut, plus de papier), valider l’impression, recommencer parce que le « linetype » n’est pas le bon, recommencer, zut encore, quelqu’un est en train d’imprimer un devis de 300 pages, etc…et l’entrepreneur t’attends toujours! »

L’art de concevoir et de rédiger des documents « à la main », que ce soit au moyen de maquettes ou de plans, est un art qui se perd, s’il n’est déjà perdu… Les outils informatiques (CAD,  modélisation 3D, Revit, etc.) ont leurs avantages certes, mais aussi leurs « bugs » bien caractéristiques… Vous savez, j’ai publié la semaine passé un article sur la nouvelle application AutoCAD WS pour iPhone / iPad que je trouve franchement intéressante mais il y a 30 ans de cela, le iPad original était constitué d’un « clipboard » et de l’application « Feuille-crayon-efface v1.0″. C’est tout de même fascinant de voir comment nous tentons d’intégrer la technologie à nos « anciennes méthodes », non?

Il y aussi l’aspect pédagogique de tracer une ligne à la main au lieu de faire un « Line », « Offset », « Trim » ou « Extend » dans CAD. On m’a inculqué à l’école qu’il fallait réfléchir avant de tracer une ligne, penser à ce qu’elle représentait car son impact peut résonner en plan, en coupe, en élévation et sur les détails. Et au-delà d’une approche « académique », de façon pratique, vous conviendrez que c’est drôlement plus emmerdant d’effacer une ligne dans un enchevêtrement de lignes à la mine que de faire un « Select-Erase » – alors raison de plus de s’assurer que la ligne est pertinente!

Est-ce un coup de romantisme de ma part? Peut-être mais en voyant cette vidéo, j’ai aussi pris conscience que dans la réalisation de projets de construction toujours plus rapide (une tendance qui existe depuis les pyramides d’Égypte il faut croire!), il y avait une petite dose d’humanité, d’identité et de signature graphique dans la rédaction de plans à la main qui a laissé place aujourd’hui à l’anonymité internationale du CAD…

Merci à Nicolas Marier pour la vidéo!

Martin Houle, m.arch.
Directeur-fondateur, Kollectif.net

P.S.: La seule lettre qui me dérange dans l’alphabet qu’utilise cet architecte est son « d » qui ressemble vraiment (mais vraiment) à un « b » minuscule selon moi…;)

Et la suite…

Marc-André Carignan, b.arch.,
Chroniqueur en architecture et design urbain
Kollectif (section D'ici et d'ailleurs)

En savoir plus sur Marc-André

Crédit photo: Marose Photo

Commentaires

admin

Bonjour Martin,

Tu touches une corde sensible avec cet article ce matin. Toute cette question du dessin et de l’écriture à la main est au coeur de nos discutions au département de Technologie de l’architecture du cégep de St-Laurent. Chaque année nous nous posons la même question à ce sujet : devrait-on délaisser le dessin à la main? Nous sommes probablement un des derniers cégeps à enseigner le dessin à la main. Ceci englobe le dessin de base, les croquis de construction, le lettrage et les maquettes. Nous enseignons également le cad, revit et bien d’autres logiciels en support à la création architecturale mais nous sommes convaincus qu’il faut sentir et démystifier  » la ligne » sur le papier avant de pouvoir apprendre à le faire sur l’ordinateur. Nous sommes peut-être vieux jeux, ou traditionalistes mais nous croyons en l’efficacité du dessin à la main dans certaines situations et nous espérons pouvoir l’enseigner encore longtemps.

Nos tables à dessin sont usées et recyclées maintes et maintes fois, les instruments de dessins sont de plus en plus difficiles à acheter mais tant que nous serons convaincus que le dessin à la main a sa place afin de former de meilleurs technologues, nous l’enseignerons avec passion.

Stéphanie Dussault, M. Arch.
Professeure en Technologie de l’architecture
Cégep de St-Laurent

Maria J Briceno

Je suis parfaitement d’accord avec Stéphanie. L’article relève un point important et intéressant.

Que ce soit papier/crayon, craie/tableau, ou autre, il s’agit là d’une forme de communication qui nous permet également de travailler dans des conditions où l’ordinateur n’est pas aussi omniprésent. Je pense entre autres aux pays défavorisés ou suite à une catastrophe par exemple. Il permet de communiquer à des corps de métier qui peuvent à l’occasion être plus traditionnels ou plus créatifs et que le plan CAD laisse coits.

Maria J. Briceno
Designer d’environnements
Trafic design

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