Bibliothèque et Archives nationales du Québec + Conseil des arts et des lettres du Québec

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Claire-Hélène Lengellé | Responsable des relations avec les médias | Direction des communications, de la programmation et de l’éducation | Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Photo :
DE GAUCHE À DROITE : Hélène Laverdure, conservatrice et directrice générale des Archives nationales à BAnQ, Guy Laramée, artiste, Anne-Catherine Rioux, directrice générale de la Fondation de BAnQ, Anne-Marie Jean, présidente-directrice générale du Conseil des arts et des lettres du Québec, et Jean-Louis Roy, président-directeur général de BAnQ. Crédit : Michel Legendre.
 

Création de l’oeuvre « La vallée des plans (Reconstruction) » par l’artiste Guy Laramée s’inspirant des architectes Joseph Dalbé Viau et Alphonse Venne

Communiqué de presse :

« BAnQ et le Conseil des arts et des lettres du Québec inaugurent une nouvelle œuvre d’art public à BAnQ Vieux-Montréal

Montréal, le 31 janvier 2019 – Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) accueille une nouvelle œuvre originale qui contribue à embellir l’aire publique de BAnQ Vieux-Montréal, situé avenue Viger à Montréal. Le soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec (Conseil) et de la Fondation de BAnQ (FBAnQ) a permis la réalisation de cette œuvre originale permanente de Guy Laramée qui souligne la richesse des fonds d’archives d’architectes que BAnQ conserve.

« L’artiste Guy Laramée a créé l’œuvre La vallée des plans (Reconstruction) en s’inspirant des architectes Joseph Dalbé Viau et Alphonse Venne. Ce projet met en lumière le travail des artistes visuels et des architectes, véritables piliers de la culture. À BAnQ, il nous appartient de préserver les traces de leur apport », indique Jean-Louis Roy, président-directeur général de BAnQ.

« Nous sommes très heureux de soutenir la réalisation et l’installation de cette œuvre inspirante. Grâce à leur travail, les architectes intègrent l’art à notre quotidien et le travail de Guy Laramée leur rend ici un bel hommage », mentionne Anne-Marie Jean, présidente-directrice générale du Conseil.

« La Fondation est fière de soutenir la réalisation d’œuvres d’art. Nous sommes convaincus que les visiteurs de BAnQ Vieux-Montréal ainsi que ses employés profiteront de cette mise en valeur de la richesse des fonds d’archives d’architectes qui y sont conservés », affirme Anne-Catherine Rioux, directrice générale de la FBAnQ.

L’œuvre de Guy Laramée à BAnQ Vieux-Montréal

En explorant les fonds d’archives d’architectes conservés à BAnQ Vieux-Montréal, l’artiste Guy Laramée a été séduit par les dessins de l’architecte Joseph Dalbé Viau, qui a réalisé de nombreux édifices à Montréal durant les années 1920-1930. Ce sont les dessins ayant servi à la reconstruction entre 1921 et 1926 de l’église de la Nativité-de-la-Sainte-Vierge d’Hochelaga qui ont retenu l’attention du créateur. La beauté esthétique de ces dessins, la précision de leur exécution et la relation ambiguë des Québécois avec leur héritage catholique ont été pour l’artiste des facteurs déterminants l’incitant à réaliser son installation à partir de ces documents.

L’œuvre La Vallée des plans (Reconstruction), judicieusement présentée sur une ancienne table de travail d’architecte restaurée, est constituée de plusieurs centaines de copies de dessins originaux de Joseph Dalbé Viau. Cette liasse de feuilles a été ensuite découpée sous forme de paysage selon une technique originale développée par l’artiste.

On peut consulter le fonds d’archives de l’architecte Joseph Dalbé Viau (P821) à BAnQ Vieux-Montréal. Quant aux plans de la reconstruction de l’église de la Nativité-de-la-Sainte-Vierge d’Hochelaga, ils ont été numérisés et sont accessibles à banq.qc.ca.

Une autre œuvre d’art public à Québec

Le concours, né d’un appel à projets lancé en novembre 2017 par le Conseil, BAnQ et la FBAnQ et visant la réalisation d’œuvres originales permanentes à partir d’archives, a récemment permis de dévoiler une autre œuvre, réalisée par les artistes Olivier Vallerand et Louis Routhier, à BAnQ Québec. »

Pour consulter le communiqué de presse original…

Pour plus d’images de l’oeuvre La Vallée des plans (RECONSTRUCTION)


Texte intégral de présentation de la démarche artistique de Guy Laramée pour l’oeuvre La Vallée des plans (Reconstruction) :

« Inauguration
31 janvier 2019
La Vallée des plans (RECONSTRUCTION).

Remerciements : Éric Sauvé, Clément Poirier, Pierre Fournier et Frédéric Monaste, Andrée Lauzon, Hyacinthe Munger, François David, Hélène Fortier, Marianne Thibault et le CALQ, La Fondation de la BanQ.

La Vallée des plans (RECONSTRUCTION) est à la croisée des chemins entre la sculpture, la peinture numérique et l’installation. Pour cette invitation à célébrer l’acquisition récente, par la BanQ, de fonds d’archives d’architectes québécois, mon choix s’est tourné vers les plans d’églises, probablement pour évoquer notre rapport ambigu à cet aspect du patrimoine culturel du Québec, mais aussi pour évoquer la perte de repères provoquée par l’oubli ou le déni de la dimension spirituelle de l’existence.

Au tout début du projet et de façon tout à fait intuitive, j’ai demandé à voir les plus vieux plans. Les premiers plans que j’ai consultés ont été ceux de L’Église Nativité-de-la-Sainte-Vierge-d’Hochelaga, dessinés en 1922. Le coup de foudre a été immédiat. J’ai consulté plusieurs autres plans par la suite mais rien n’arrivait à la cheville de ce premier contact. J’avais l’impression d’être en face d’une cathédrale européenne. Je ne pouvais pas m’empêcher d’éprouver de l’orgueil que ce monument ait été dessiné ici, par des québécois. La très grande qualité du dessin, le fait qu’on ait pas cherché à masquer l’aspect manuel du dessin, l’inclusion de dessins à main levée dans un plan d’architecte, tout cela m’a touché profondément et je n’ai eu d’autre choix que de modifier mon projet initial pour inclure la toile verticale, que j’allais transformer en une peinture romantique du 19e siècle : une église dans la brume, au petit matin, promesse d’un refuge face à l’aspect parfois insensé de la condition humaine.

La religion catholique était le Centre de la culture au Québec. À peine 50 ans ont suffi pour que ce Centre s’effondre. Quel est le nouveau Centre sur lequel la société québécoise s’est établie ? La science ? La rationalité ? La télévision, et maintenant Facebook ? Où sont maintenant les autels où nous allons – nécessairement – nous recueillir ? Dans les salles de Yoga ? Dans notre tête ? Sur nos cellulaires ?

On pourrait dire la même chose des architectes et du dessin manuel sur leur tables inclinées, encore que cette fois-ci, le changement a été encore plus rapide. Et que dire des archivistes, aux prises avec le dilemme de rendre accessible des artéfacts qui ne font plus sens pour personne ? Si nous n’avons plus le temps de même tracer une ligne avec un crayon, ou de nous assoir sur un banc pour contempler l’architecture des arbres, si nous ne ressentons plus le besoin d’aller nous assoir dans un temple pour nous recentrer sur quelque chose qui soit plus grand que notre petit « Je », sommes-nous condamnés, paradoxalement, à vivre hors de nous-même?

À mon sens, l’oeuvre évoque le désir inévitable d’établir ou de trouver un Centre, dans la culture et dans la vie. Mais paradoxalement, l’œuvre évoque également l’impossibilité d’établir définitivement ce Centre de la conscience, dans les choses, dans le discours, dans les mythes, les croyances et les idéologies. L’œuvre navigue donc dans le même paradoxe, la même ambigüité qui a vu naitre, puis périr les églises au Québec : Le Centre doit être fixé mais on ne peut le faire, parce qu’il est impermanent.

-Guy Laramée
Janvier 2019


Addendum :
D’une certaine façon, la pièce La Vallée des plans (RECONSTRUCTION) s’inscrit dans le lignée de mon projet Les Autels domestiques. Voici quelques extraits du texte qui accompagne ce projet :

LES AUTELS DOMESTIQUES (extraits)
ASSISES

Depuis le 11 septembre 2001, les démocraties occidentales donnent l’impression d’utiliser les événements quotidiens pour s’enorgueillir de leur laïcité. De fait, les actualités internationales ne cessent d’insinuer que la différence entre «eux » et « nous », c’est qu’ils sont religieux et que nous ne le sommes pas. Ironiquement, le séculier n’a jamais été sujet à un culte aussi grand ! Avons-nous vraiment quitté le religieux ? En fait on peut en douter. L’anthropologue David Le Bretton souligne par exemple le caractère religieux de deux mythes contemporains : le mythe biogénétique et le mythe cybernétique. De façon plus générale, on peut dire que nous avons désormais un culte de l’invention et de la découverte. La science et l’art sont devenu nos mythes fondateurs, nous avons une liturgie de l’innovation, notre église est l’individu et nos rites de passages ont de nouveaux noms, des noms comme «Baccalauréat ». La question que ce projet pose est la suivante : a-t-on « religion » ( du latin religare, relier ) toutes les fois qu’on a adhésion inconditionnelle ?

Le projet « Les Autels domestiques » célèbre la persistance – sous des formes déguisées ou inconscientes – de l’esprit religieux dans les sociétés laïques. Je ne m’intéresse pas ici à la remontée des mouvements ouvertement religieux, mais plutôt au fait que l’entreprise de laïcisation soit en elle-même un phénomène religieux. L’hypothèse est la suivante : nous n’avons pas abandonné le religieux, nous l’avons transformé. S’il y a un peu de vrai dans cette hypothèse, c’est à dire s’il est vrai que nous avons fondé une « religion profane », devant quels autels se célèbre ce nouveau culte ?

LE PROJET

« Tous les autels sont des centres dirigés et dirigeants
« Tous les postes de travail sont des centres dirigés et dirigeants
« Tous les postes de travail sont des autels. »
Syllogisme de l’artiste

Si l’on étudie les autels anciens, on peut être surpris de leur similitude structurelle avec nos salles de spectacle et maintenant avec nos ordinateurs. Dans les deux cas il y a un point focal et une directionalité. C’est justement le but de l’autel : aligner les gens et les intentions, donner une direction aux choses, à l’espace, au flot des événements et au temps lui-même. L’autel doit incarner le Centre, et ce qui tient lieu de Centre devient autel. Je veux pousser ces recoupements plus loin, en essayant de traquer cette fonction « autel » dans tous les replis de notre vie quotidienne moderne.

En explorant cette idée subversive que les cultures occidentales laïques sont autant, sinon plus religieuses que « les autres », je veux construire quatre autels domestiques, qui s’ajouteront à celui que j’ai déjà créé (Pupitre d’ordination, Comptoir d’ordonnance, Établi bien ordonné, Chevalet ordinal, Image ordinaire). Que sont ces autels ? Ce sont des métaphores qui utilisent un procédé d’amplification comme révélateur. Ces autels cherchent à rendre manifeste une certaine ambiguïté. En effet, sont-ils simplement des compensations pour la perte du numineux , ou manifestent-ils la réinstallation du numineux sous des formes déguisées ou inconscientes?

Ces autels poussent l’idée d’un repli contemporain du spirituel vers le travail. Ils sont tous affectés du même processus : la glorification de l’outil. Leurs créateurs hypothétiques en sont venus à prendre l’outil comme tâche, l’instrument de travail est devenu le but du travail. Ces autels sont le théâtre de divers millénarismes. Ils appellent le retour d’un âge d’or en anticipant paradoxalement l’apocalypse de ce qu’ils glorifient. Ces autels ne cherchent pas à démontrer, à représenter ou à dépeindre une thèse ; ils activent cette thèse, ils la performent.

Notons ici que dans cet « art anthropologique », je veux éviter l’écueil du cynisme. Il ne s’agit pas de dénoncer la persistance du religieux mais plutôt de s’en étonner. Voir l’ordinateur comme un autel domestique est peut-être un moyen de réduire le fossé qui nous sépare des cultures non-occidentales. « Les Autels domestiques » sont un moyen pour moi de continuer de chercher les bases d’un nouvel humanisme.

-Guy Laramée
Mai 2005″


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